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Le trafic de pangolins a connu une baisse significative ces dernières semaines au Gabon. Une situation favorisée par l’apparition des premiers cas de COVID-19 et la prise d’un arrêté portant interdiction de la chasse, capture, détention, commercialisation, transport et consommation de toutes les espèces de pangolins sur toute l’étendue du territoire national. Cependant, d’aucuns craignent une recrudescence du trafic du mammifère durant l’ère post-coronavirus.

Pourvu d’un corps recouvert d’écailles, il possède de petites pattes griffues. À l’aide d’une longue langue gluante, il se nourrit de fourmis et de termites. Cet animal étonnant, c’est le pangolin, un petit mammifère long de 30 à 80 cm, présent en Afrique et en Asie. Mais c’est surtout le mammifère le plus braconné au monde. Selon une étude internationale, publiée en juillet 2017 dans la revue Conservation Letters, le trafic de pangolins en Afrique a augmenté de 150 % entre 1970 et 2014. Les données de cette étude réalisée sur 113 sites en Afrique centrale, révèlent qu’entre 500 000 et 2,7 millions de pangolins sont capturés chaque année dans les forêts de cette région.

Un pangolin à ventre blanc

Il existe huit espèces de pangolins dans le monde : quatre vivent en Afrique et quatre en Asie. Au Gabon, trois espèces de pangolins sont présentes: les pangolins géants, les pangolins à ventre blanc et les pangolins à ventre noir. Ce fourmilier est particulièrement prisé dans les pays asiatiques, notamment en Chine et au Vietnam, où il peut se vendre plus de 3 millions de francs CFA le spécimen entier. Ses écailles (il est le seul mammifère à en posséder) se revendent près de 300 000 francs CFA le kilo, car elles sont réputées pour leurs vertus thérapeutiques et aphrodisiaques. Une croyance persistante même si elle ne repose sur aucune connaissance scientifique fondée. La viande du pangolin est également recherchée, pour son goût particulier. 

Au Gabon, les prochains mois pourraient s’annoncer décisifs pour la survie du pangolin. Le ministère chargé des Forêts a pris un arrêté, le 31 mars, portant interdiction de la chasse, capture, détention, commercialisation, transport et consommation de toutes les espèces de pangolins sur toute l’étendue du territoire national. Une décision renforçant les pare-feux de protection autour de l’animal, espèce déjà protégée au Gabon. «Les infractions au présent arrêté seront constatées, poursuivies et réprimées conformément aux dispositions des textes en vigueur», a prévenu le ministère. Les contrevenants à cette décision s’exposent donc aux sanctions prévues par le Code forestier. Soit des peines allant de trois à six mois d’emprisonnement, associées à une amende comprise entre 100 000 et 10 millions de francs CFA.

Pangolin à ventre blanc

Pour veiller à l’application de l’arrêté, le ministère en charge des Forêts a lancé, le 8 mai dernier, une mission de contrôle des marchés de viande de brousse. Débutée sur les marchés de Libreville, Owendo, Akanda, et sur l’axe Libreville-Bifoun, cette opération est dirigée par la direction générale de la Faune et des Aires protégées (DGFAP), en collaboration avec l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN). Il s’agit de sensibiliser les commerces de viande de chasse à la réglementation en matière de gestion de la faune sauvage au Gabon,  de faire appliquer les lois sur les espèces protégées et d’imposer des sanctions en cas de non-respect de la législation en la matière.

Si la décision du gouvernement est salutaire, elle s’inscrit cependant dans un contexte de crise sanitaire, où la chair de pangolin est soupçonnée de véhiculer le terrible coronavirus. Si rien n’est encore prouvé scientifiquement, cette situation apparaît comme une revanche pour le mammifère le plus braconné de la planète. Le pangolin n’a plus la cote sur les étals, au grand bonheur de Conservation Justice. «Actuellement, on note une baisse du commerce de la viande de pangolin au Gabon, qui est sans doute une conséquence de la crise sanitaire actuelle. Sur les marchés gabonais, les commerçants illicites ont perdu leurs meilleurs clients. Ces derniers affirment que des acheteurs, généralement des Chinois, venaient se procurer la plus grande partie de leur cargaison de pangolin», a révélé l’ONG.

Cela sous-entend-t-il qu’en cas de non relation prouvée entre le pangolin et le coronavirus, le trafic du pangolin reprendra de plus belle au Gabon ? Probablement. Il revient donc au gouvernement de prendre des mesures visant à assurer la protection effective et la pérennité de cette espèce animale. D’autant que l’animal est particulièrement facile à chasser (il se roule en boule lorsqu’il a peur), a du mal à se reproduire et vit mal en captivité.

Auteur : LM