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La restitution du patrimoine culturel africain a connu un nouveau tournant en 2018, avec la publication d’un rapport proposant une évolution de la législation afin de restituer aux états demandeurs des milliers d’œuvres d’art arrivées pendant la colonisation, et se trouvant toujours dans les musées français. Rédigé par les universitaires Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, ce rapport dresse un inventaire détaillé des dizaines de milliers d’œuvres d’art que les colons ont ramenées d’Afrique entre 1885 et 1960. Tout comme il recense « au moins 90 000 objets d’Afrique subsaharienne dans les collections publiques françaises ».

© Musée du Quai Branly

En novembre 2017 à Ouagadougou, au Burkina Faso le président Emmanuel Macron avait promis de plaider pour une restitution temporaire ou définitive selon les cas, des œuvres d’art spoliées en Afrique et détenues par la France. Si le Bénin est l’un des pays les plus proactifs en matière de restitution, d’autres pays africains lui ont emboîté le pas. Si la Côte d’Ivoire a dressé une liste de 148 œuvres qu’elle souhaite récupérer, le Burkina Faso, le Mali et le Gabon, notamment, ont créé des commissions. Une question que le pays d’Ali Bongo s’est appropriée sur la période 2018-2019. L’intérêt du Gabon et d’autres pays africains a cependant suscité des inquiétudes sur leur capacité à accueillir et à préserver les œuvres éventuellement rendues par la France. 

« Restituer, c’est reconnaître aux peuples et aux pays africains la capacité de conserver eux-mêmes leur patrimoine. Donc, la question de savoir s’ils possèdent ou pas des musées relève du paternalisme », a répondu le duo Felwine Sarr-Bénédicte Savoy. Finalement, le Gabon s’est affranchi de ce débat avec l’implantation d’un nouveau musée. « Nous travaillons avec les responsables du musée du Quai Branly, à Paris, à la formation de notre personnel, l’objectif étant d’assurer la sécurité et la bonne conservation des œuvres », avait confié à Jeune Afrique Alain-Claude Bilie By Nze, alors ministre de la Culture. « Le Gabon n’ayant pas de culture muséale, nous envisageons de construire plusieurs petits établissements à travers le pays afin d’attirer un public le plus large possible. Mais nous souhaitons aussi mettre en place une politique d’échanges des musées du monde entier », avait affirmé l’actuel ministre des Affaires étrangères. 

© Galerie Bruno Mignot

En septembre 2018, le Gabon a finalement réceptionné une partie des œuvres exposées plusieurs années durant, au musée du Quai Branly. Il s’agit notamment de deux masques des communautés Obamba (groupe ethnique du sud-est du Gabon) et Kota (groupe ethnique du nord-est du Gabon, ainsi que deux autres œuvres originaires de la province de la Ngounié (sud) et du Congo. Le geste du Quai Branly n’est pas anodin, car il est le musée le plus concerné avec 70 000 œuvres, dont deux-tiers acquises durant la période 1885-1960. Le Tchad arrive en tête des pays d’origine de ces œuvres, en quantité, avec plus de 9000 pièces. Il est suivi par le Cameroun, Madagascar, le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, l’Éthiopie, le Gabon et le Congo, notamment. 

Présent à Libreville pour la restitution de ces œuvres, Stéphane Martin, alors président du musée Quai Branly, ne semble plus favorable à cette démarche. Au cours de son audition par la commission culture du Sénat français, le 19 février à Paris, Stéphane Martin a plaidé pour « une circulation des œuvres à travers des prêts, des dépôts et un certain nombre de transferts de propriétés, et non pas la restitution ». Visiblement, la restitution du patrimoine culturel africain n’a pas fini de créer des vagues. 

© photo de couverture : Musée du Quai Branly