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C’est en 2007 que tout débute. Plusieurs associations françaises, notamment Sherpa Transparency International France et le Comité catholique contre la faim et pour le développement portent plainte auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris, contre plusieurs chefs d’Etats africains et leurs proches. Il s’en suivra une saga politico-judiciaire et médiatique frisant l’incident diplomatique entre Paris, Libreville, Brazzaville et Malabo. Ces trois associations qui ont pour principale leitmotiv la lutte contre la corruption des gouvernements et des institutions gouvernementales mondiaux sont de véritables poils à gratter pour les dirigeants africains.

Sherpa a été fondée par William Bourdon, avocat et ancien secrétaire général de la Fédération des droits de l’Homme, tandis que Transparency International a été fondée par l’ancien directeur général de la Banque mondiale Peter Eigen et le Comité catholique contre la faim et pour le développement, nouvellement CCFD-Terre Solidaire est une association proche des milieux catholique et de la droite française. 

Les chefs d’Etats africains concernés et leurs proches crient à une cabale politico-médiatique et judiciaire, et à une volonté manifeste de la France de vouloir déstabiliser leurs régimes et à l’impartialité de la justice française, de leurs hommes politiques, et plus généralement des autres pays occidentaux en croisade contre les pays africains concernés, au nom de la bonne gouvernance, de la lutte contre l’enrichissement illicite. Bref, au nom de la Démocratie. 

Cependant, comment comprendre que les poursuites judiciaires sur les BMA ne concernent que les chefs d’Etats africains et leurs proches ? S’il y a corruption, il y a bien un corrupteur et un corrompu. Pourquoi les concitoyens, les entreprises de ces pays occidentaux qui ont vendu des biens mobiliers et immobiliers aux chefs d’Etats africains et à leurs proches ne sont-ils pas inquiétés par la justice ?  On peut facilement ici penser à une justice à deux vitesses, une sorte d’hypocrisie, une complicité des pays européens, de leurs dirigeants, de leurs administrations et une certaine hypocrisie peut-être entretenue de leurs citoyens. Sinon comment expliquer le cas seulement de la Suisse avec ses banques qui offrent des garanties d’ouvertures de comptes bancaires aux dictateurs africains sans rechigner ? – Le cas des comptes bancaires du dictateur Sani Abacha représente tout un symbole de cette hypocrisie des pays occidentaux. Tous les acteurs européens, banques, agences immobilières, concessionnaires de véhicules et autres, ne  pouvaient pas ignorer que l’argent de leurs richissimes clients africains ne pouvaient provenir que de l’argent public détourné.  

Pourquoi les organismes de ces pays occidentaux, spécialisés dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la traque contre les flux financiers jugés douteux ont-ils laissé faire ? Comment les banques occidentales ont-elles validé de telles opérations et flux financiers ? Ainsi, c’est bien par des circuits financiers européens identifiés que des rétro-commissions ont été versées à des partis politiques français dans le cas par exemple de l’affaire Elf ou de l’affaire Karachi. Pourquoi un tel mutisme, un tel silence ? Existerait-il deux justices, une pour les africains, les opprimés, et une autre pour les plus forts, les européens ?  

C’est bien au nom de la mondialisation de la bonne gouvernance, de la lutte contre l’impunité, la démocratie, que la justice française a ouvert des enquêtes sur les BMA, alors pourquoi ne pas se saisir également des flux financiers provenant du Qatar et de l’Arabie Saoudite ? La famille royale du Qatar et plusieurs de leurs proches sont propriétaires de biens mobiliers et immobiliers en France. Notamment du club de football, le Paris Saint Germain, et de plusieurs hôtels à Paris et sur la Côte d’Azur. Idem aussi pour la famille royale d’Arabie Saoudite et nombres de leurs proches. Pourquoi ces dignitaires et leurs proches, ne sont pas inquiétés par la justice française ? Alors que le Qatar et l’Arabie Saoudite sont aux antipodes de la démocratie, régulièrement épinglés pour les violations des droits de l’homme, soupçonnés de financer des courants durs de l’islam, donc des terreaux du terrorisme qui a son lot de victimes en Europe. On peut donc soupçonner raisonnablement la justice française de faire dans le deux poids deux mesures. 

Quid également du financement pendant plusieurs décennies de la droite et de la gauche en France par les chefs d’Etats africains ? Pourquoi la justice française ne s’intéresse pas sérieusement à ce pan sombre de leur histoire ? C’est connu de tous, pendant des décennies les présidents africains du pré-carré français ont abondamment financé les partis politiques de l’Hexagone. Alors ne sommes-nous pas en droit de penser qu’en réalité, les BMA ne seraient qu’un écran de fumée qui masque mal la volonté de la France de vouloir protéger ses intérêts chez ces Etats africains face à la montée de la Chine et d’autres nouvelles puissances économiques ? Ne peut-on pas parler de règlement de compte de la part de la France à l’encontre de certains dirigeants africains, qui ne renverraient pas suffisamment l’ascenseur ?