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1- Bonjour Serge Abessolo, peux-tu te présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

– Je suis Serge Abessolo, un artiste africain d’origine gabonaise. Je suis l’aîné des enfants de mon père, l’unique enfant de ma mère et aujourd’hui, j’ai fondé ma propre famille. J’ai commencé par le théâtre au Lycée d’État d’Oyem,  puis fait du one man show de 95 à 2009 dans une dizaine de pays : le Gabon, la France, le Congo, la Côte-d’Ivoire, le Cameroun, l’Afrique du Sud, Sao Tomé, ainsi que du cinéma, en qualité d’acteur de 98 à ce jour. J’ai produit un long métrage en 2019.

2-Peux-tu nous raconter ton parcours et tes débuts ? Comment es-tu arrivé à la comédie ?

Comme mentionné plus haut, j’ai commencé par le théâtre au Lycée d’État d’Oyem. En 1994, au cours d’une discussion avec Wen Nang Nguema,  ce dernier a trouvé que j’avais un certain «regard photographique » et m’a engagé en tant que photographe de son journal, Gabon libre. Par la suite,  j’ai été  reporter-photographe pour plusieurs journaux jusqu’en 2003. Puis vint l’animation radio notamment sur Fréquence 3, Africa N°1 et la RTG2. C’est d’ailleurs en qualité de reporter que je suis arrivé par hasard au spectacle comme humoriste.

Le teaser de Cacao

En fait, je couvrais un concert de Koffi Olomidé en 95 dans un hôtel de la place. Le spectacle prenait du retard et Michel Philippe Nze me demande de monter sur scène pour raconter les blagues que je racontais souvent entre nous. J’hésite un long moment…et je monte, je reste immobile, regarde le public,cherchant surtout les mots pour le début de ma première histoire.  Au final, ma prestation fut très bien accueillie, au point que Monsieur Pierre Sockat, Directeur du Commerce extérieur a acheté le spectacle de Koffi Olomidé, mais avec en première partie «le jeune humoriste qu’il avait vu à l’Okoumé Palace ».  La suite, on la connaît!!!

3- Nous avons interviewé Omar Defunzu le mois dernier et il nous a dit que le métier de comédien est davantage pris au sérieux au Gabon de nos jours qu’à ses débuts il y a 25 ans. Es-tu d’accord avec lui ?

– Bien sûr, je me souviens qu’à mes débuts, certains «journalistes» me posaient toujours la question de savoir si en dehors de l’humour, je n’avais pas un «vrai métier» (sic). Aujourd’hui, les choses ont évolué, d’abord dans la mentalité, puis dans le comportement vestimentaire de l’humoriste, et donc dans le regard que lui portent le public et la société. 

4- Que penses-tu de l’évolution du métier d’humoriste avec le digital?

Le digital a révélé plusieurs « humoristes », mais encore une fois, la formation est nécessaire,  sur l’écriture, la gestion de la scène,  l’interaction avec un public. Parfois, derrière un smartphone ou un ordinateur ça semble aisé, mais la scène… c’est autre chose!!!

5- Toi qui étais dans l’humour, qu’est-ce qui t’a poussé vers le cinéma ?

Il faut dire que dans les années 90, mon spectacle  a attiré sur moi le regard de certains réalisateurs, au début plus pour mes talents d’imitateur. Puis après ma participation à trois longs métrages, Orega de Marcel Sandja,  Dolê d’Imunga Ivanga, et Les couilles de l’éléphant d’Henri J. Koumba , dans lesquels  j’avais des rôles avec une forte présence, j’ai réellement pris goût et position pour le cinéma, faisant de moins en moins de one man show. 

6- Tu as de nombreuses cordes à ton arc, humoriste, acteur et producteur, on ne les compte plus. Si tu ne devais choisir qu’un seul métier à exercer jusqu’à la fin de tes jours, lequel choisirais-tu ? 

Je choisirais celui d’acteur. Je me sens super bien face à la caméra. 

7- Tu fais partie du casting de la série Cacao qui sera diffusée prochainement sur Canal. Peux-tu nous en dire un peu plus sur l’intrigue, le synopsis ?

C’est l’histoire de deux familles, les Desva  et les  Ahitey,  qui se livrent une bataille sans merci pour le leadership de la filière cacao dans la région de Caodji. C’est l’histoire d’amour entre le fils Desva, Anthony (Olivier Kissita) et la fille Ahitey, Manuela (Fate Touré)

On a d’un côté les riches, altruistes et chics Desva, avec à leur tête Elie Desva (Serge Abessolo) et de l’autre, les « brutes »  Ahitey,  toujours prêts pour des punchlines, pour l’affrontement, avec comme chef de clan, Jean Ahitey (Fargas Assandé).

8- Comment as-tu été casté pour l’un des rôles principaux de cette série ?

– J’ai reçu par e-mail le scénario via madame A. Ouattara, la directrice de casting, je devais faire une vidéo en jouant l’une des scènes qu’elle m’avait envoyées. Ce que j’ai fait, et une semaine plus tard,  j’ai reçu la réponse, j’étais retenu. 

9- Le tournage du film s’est déroulé en Côte-d’Ivoire, comment s’est-il passé ? 

– Dans de très bonnes conditions, au delà du fait qu’on devait travailler dans plusieurs villes,  avec parfois des climats différents et de très longues distances.  Ce fut convivial, avec un réalisateur (Alex Ogou ) lui même comédien, et une bonne équipe autour de lui. De temps en temps, le producteur François Deplanck nous rendait visite. Cette série m’a permis de voir d’autres villes de la Côte-d’Ivoire, comme Mayo, Soubré, dans la région du bas Sassandra , la ville d’Adzopé  dans la région  de La Mé et le royaume de Moosou dirigé par le roi Kanga Assoumou, pas loin de Bassam. 

10- Toi qui es acteur depuis 20 ans environ, que penses-tu du cinéma africain ? Penses-tu que l’Afrique doit miser sur cet art pour se développer ? 

 C’est un pan avec lequel on devrait compter pour le développement du continent. Voyez le nombre d’emplois sur un tournage, il arrive d’avoir des productions avec 200 emplois directs, imaginez  10 ou 20 tournages de ce genre et vous verrez, regardez le Nigeria!

Mais bon, combien de nos pays ont apporté une aide à ce secteur pendant la crise du COVID-19?  Peut-être 2, notamment le Sénégal avec 3 milliards en soutien pour le secteur culturel. La plupart des autres étaient dans l’aide aux entreprises en congés techniques,  ou dans des aides aux populations « démunies « . Demandez au délégué Général du FESPACO l’apport de ce festival dans l’économie burkinabé, et comme dirait le petit Mayombo «les retombées». Mais bon, à chacun ses choix!

11- Penses-tu que les populations en Afrique sont plus sensibles aux films réalisés/produits sur le continent que par les grosses productions américaines ? Ou bien c’est plutôt l’effet inverse ?

– Nos populations savent désormais apprécier une œuvre cinématographique, qu’elle vienne d’Afrique genre L’œil du Cyclone, Dolê, Les couilles de l’éléphant, Maîtresse d’un homme marié, Whatever Lola wants, d’Europe comme Taxi ou James Bond, ou d’Amérique telles que  24hChrono ou The great Debaters…

12- Aurais-tu quelques conseils à donner à la nouvelle génération qui souhaite se lancer dans le cinéma ?

– Qu’ils foncent, qu’ils se forment , s’exercent et vivent pleinement leur passion .

13-Quels sont tes projets pour 2020 ?

Deux  nouveaux tournages dans quelques mois!

Merci beaucoup pour l’interview !