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Bonjour Chey, peux-tu te présenter en quelques lignes à nos lecteurs?

– Bonjour, je suis CheyLibreville. Je préfère conserver cette identité, car c’est celle que j’ai choisi de communiquer auprès de ma communauté sur Instagram. CheyLibreville est donc le nom que j’utilise pour ma page Facebook, mon compte Instagram, ainsi que le nom de mon blog en ligne. Un site Internet où je présente des marques gabonaises, mais aussi et avant tout où je raconte le quotidien d’une Gabonaise lambda qui vit à Libreville : les bons plans loisirs, restos, sites touristiques, etc. L’idée m’est venue à mon retour au Gabon, après 3 années d’études à l’étranger : en effet, c’était un peu compliqué au début pour moi, de retrouver des endroits sympas où sortir, se détendre ou manger. Le concept auquel j’ai donc pensé était (et est toujours), de dénicher les bons plans pour les partager et prouver aux gens qu’en fait, il y a quand même pas mal de choses à faire à Libreville!

Qu’est-ce qui t’a poussée du blog à Instagram ?

– J’étais sur Instagram avant de créer le site en ligne. J’ai créé mon compte Instagram en 2016 quand j’étais en France. À cette époque, l’application était déjà assez populaire là-bas, et je m’y suis inscrite car je souhaitais connaître les bons plans de la ville où je me trouvais. J’ai donc commencé à suivre des Instagrameuses locales qui partageaient de bonnes adresses de marchés, de vide-dressing, de bons plans sorties. C’était quelque chose qui faisait partie de mon quotidien. Du coup, j’ai voulu faire la même chose pour Libreville,  pour montrer à mes amis qui venaient en vacances qu’il y a des choses à faire, à voir et à visiter au Gabon. C’est à ce moment que je me suis demandé pourquoi ne pas créer carrément un site où je pourrais partager toutes ces informations. Le blog est donc arrivé ensuite et a donné un coup de fouet à mon compte Instagram, qui est devenu du coup moins privé et beaucoup plus général.

Quand as-tu réalisé que tu avais un certain impact auprès de tes abonnés, que ce soit sur ton blog ou ton compte Instagram?

– Ça s’est fait de manière progressive. J’ai eu de nombreux retours positifs de Gabonais qui découvraient mon compte et qui m’ont écrit pour me dire qu’ils aimaient beaucoup ce que je proposais. J’ai reçu beaucoup d’encouragements de personnes qui travaillent dans le digital, qui m’ont dit que j’étais un précurseur dans ce que je faisais et que mon contenu était super bon. Moi-même, je ne me rendais pas forcément compte de tout le travail que je produisais, et c’est grâce à tous ces encouragements que j’ai commencé à en prendre conscience au fur et à mesure. J’ai également eu des messages de membres de la diaspora qui me remerciaient de leur faire redécouvrir le Gabon et à qui mon compte donnait envie de revenir. 

À quel moment t’es-tu dit que ce «loisir» allait devenir ton activité à temps plein ?

– J’ai eu un déclic au moment où les gens ont commencé à utiliser les  informations que je donnais pour se rendre aux endroits que je recommandais. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il fallait vraiment que je travaille davantage sur le contenu que je partageais. J’ai fait en sorte d’améliorer mon écriture ainsi que le référencement  des contacts pour les activités, par exemple. En fait, je peux dire que j’ai professionnalisé mes publications. 
J’ai fait une rencontre avec une créatrice qui m’a beaucoup marquée et qui m’a fait évoluer. Cette dernière m’a demandé de lui expliquer le concept de mon blog et de ma page Instagram. Suite à mon explication, elle m’a dit : «Vous ne vous rendez pas compte de l’influence que vous pouvez avoir, cette influence que vous pouvez utiliser pour représenter des marques en les mettant en avant. Vous avez plus d’influence à vous seule que nous n’en avons tous réunis, nous créateurs. Vous avez ce pouvoir de rassemblement grâce à votre communauté. Utilisez-le. »

Quelle est ta relation avec les marques aujourd’hui ? Réussis-tu à avoir des contrats ? Les marques comprennent-elles que ton activité demande à être rémunérée ?

Je vais scinder les marques en deux groupes. D’un côté, il y a les petits artisans, qu’on peut aussi appeler entrepreneurs ou créateurs : ce sont des gens qui ont de petit budgets -voire pas de budget- pour leur publicité. Et puis, il y a les gros groupes ou marques, qui ont des budgets dédiés à la promotion, à la publicité

Avec les créateurs, je fais plutôt des collaborations : l’idée est de faire connaître leurs produits, car je trouve qu’ils le méritent. C’est de la production artisanale, du «made in Gabon», ils ont besoin d’être mis en avant. Et ça s’inscrit totalement dans la ligne éditoriale de mon blog : montrer des produits locaux. Je suis ouverte à ce type de partenariats et j’en fais beaucoup. Il m’arrive aussi de leur donner des outils pour promouvoir leurs produits.

Par contre, il ne faut pas oublier que j’ai un blog. Ce blog engendre des dépenses : je paye l’hébergement, il arrive que j’ai recours à un photographe professionnel, même si ça reste rare car en général, je fais mes propres photos. De temps en temps, je fais aussi appel aux services d’un infographiste ou d’un informaticien, et tout ceci a un coût. Et même quand je vais manger au restaurant – en dehors des invitations des restaurants- je règle l’addition. Il faut donc que je puisse me faire rémunérer, et c’est là où mes collaborations avec les grandes marques vont m’aider. Comme elles ont un budget dédié, je fais des partenariats payants avec ces dernières. J’ai même réalisé un kit média pour commercialiser ma plateforme. C’est ce genre de collaborations qui va m’aider à financer mon blog et tous les coûts qu’il engendre. 

Tu as parlé d’un «kit média », de quoi s’agit-il?

Un kit média est une plaquette de présentation (l’équivalent d’une plaquette commerciale pour les entreprises) qui présente la ligne éditoriale des média, car finalement, nous sommes des média,  et à notre échelle, on ramène de l’audience. Le kit décrit mon activité et définit ma communauté. Vous pouvez ainsi retrouver des informations telles que le nombre de visiteurs par jour, par semaine, par mois, ou la visibilité des publications. Je présente aussi mes tarifs, c’est-à-dire le prix d’une publication, d’une story ou d’un article sur le blog pour des partenariats. Toutes ces informations permettent au futur partenaire d’avoir une idée d’avec qui il s’engage et son impact. 

Les marques t’appellent-elles pour leur faire de la publicité ? Ou c’est toi qui vas vers elles ?

Comme je l’ai dit plus haut, les marques viennent généralement à moi. Néanmoins, les endroits que je visite ou les activités et restaurants que je teste, c’est toujours de manière spontanée. Quand j’entre quelque part, je ne le fais pas en disant « Bonjour, c’est Chey». Je suis généralement très discrète, sauf quand ma fille est là (rires!), je fais ma petite vidéo à poster en story sur Instagram et puis voilà! Ce qui est intéressant c’est que cela me permet de voir le vrai rapport qu’entretient «la marque» avec sa clientèle. C’est seulement après avoir posté ma vidéo, que de temps en temps les marques m’envoient des messages en me disant « Oh! Donc, tu étais là, mes vendeuses n’ont pas été attentives. Est-ce que tu peux revenir nous t’offrons un soin gratuit » (par exemple).  

Comment les marques au Gabon réagissent-elles  à cette nouvelle manière de faire de la publicité ?

Contrairement à l’Occident, la tendance des réseaux sociaux et des « influenceurs » n’en est qu’à ses débuts chez nous. Du coup, les marques et les grandes enseignes ne savent pas encore comment nous «utiliser» pour  faire leur promotion. Dans 90 % de mes collaborations, c’est à moi de leur proposer un contenu. Contrairement à la France par exemple, où l’on est à la  limite de se voir imposer un script pour faire ses photos ou ses vidéos, ici,  on est libre de faire comme on veut. C’est bien, car ça laisse de la liberté dans la production du contenu, mais en contrepartie ça nécessite davantage  de travail de notre côté. 

Aujourd’hui, il faut que les marques intègrent les réseaux sociaux dans leur communication et leur promotion.  Il faut qu’elles se rendent compte de l’influence que les créateurs de contenu ont de nos jours. Peut-être encore plus que les média traditionnels tels que les journaux, la radio ou la télévision.  Passer à côté du digital serait de la folie de leur part. Il faut qu’elles comprennent que créer du contenu nécessite, certes de la passion, mais aussi du temps et de l’argent. 

Quel a été l’impact du COVID-19 sur ton activité ?

Avec le COVID-19, il y a eu une hausse d’activité sur les réseaux sociaux. Le confinement a obligé les gens à être plus présents sur les plateformes et à suivre de manière plus assidue les influenceurs qu’ils suivaient déjà. Il a donc fallu, en ce qui me concerne, proposer davantage de contenu, mais sans forcément avoir de la matière. Ça a été un sacré challenge pour moi. 
C’est une phase qui est plus compliquée, car elle nécessite que je me réinvente en matière de contenu. D’ordinaire je sors dénicher de bons plans, mais vu que tout était fermé, il a fallu trouver des alternatives sans trop en dévoiler de ma vie privée non plus. 

En parlant de vie privée, pourquoi as-tu as fait le choix de ne pas exposer la tienne ?

J’ai toujours voulu garder ma vie privée pour mes proches et moi. Je pense que c’est beaucoup plus sain comme ça. Du coup, j’essaie autant que possible de départager vie publique et vie privée. Par contre, il est impossible de cacher ma fille, car je suis avec elle quasiment 24h/24 (rires).

Que penses-tu de ton évolution en tant qu’influenceuse?

Je suis agréablement surprise de tout le chemin que j’ai parcouru. Je n’imaginais pas une seule seconde l’ampleur que ce concept allait prendre, vu qu’initialement, il s’agissait vraiment d’informer mes proches sur ce que l’on pouvait faire au Gabon. Aujourd’hui, je reçois des messages de Gabonais qui me disent qu’ils sont fiers de voir que je valorise notre pays à travers mes publications. Je donne des envies de «retour au pays» aux membres de la diaspora et localement, je fais redécouvrir le Gabon aux Gabonais. C’est quelque chose qui me satisfait et c’est une activité très gratifiante. C’est grâce à tous mes abonnés que le blog a pu prendre son envol. Mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers selon moi,  il y a encore tellement de choses  à faire dans ce domaine au Gabon. Et surtout, il y a de plus en plus de personnes qui font aujourd’hui la même chose. L’évolution n’est pas terminée, je crois que j’ai encore beaucoup à proposer. Je ne suis qu’au début de tout ce que l’on peut faire.

Quels sont tes projets pour l’année 2020?

Mon projet pour l’année 2020 est la création de ma plateforme qui regrouperait les bons plans en matière de loisirs, de restaurants, des réductions, etc. Cette plateforme comporterait une partie boutiquée où seront vendus des marques locales et des produits d’entrepreneurs gabonais. 
Et continuer à faire évoluer le blog CheyLibreville parce qu’il a encore tellement de potentiel. 

Merci beaucoup Chey de nous avoir accordé cette interview.

Merci beaucoup à vous, ce fut un plaisir.